CHARLEROI : Un "piéton" qui n'a pas le bon genre pour la maison !

A Charleroi, chaque citoyen a-t-il les mêmes droits fondamentaux en fonction de sa situation sociale, son genre, son habillement, le standing qu'il reflète ? Il faut croire que oui parfois, mais pas partout semblerait-il et surtout pas quand il s'agit de consommer.... "un simple" coca sur une terrasse. 

C'est rue de Dampremy, ce jeudi que s'est produit une bien triste situation dont nous avons été témoins devant quelques clients médusés et pour le moins choqués. A la terrasse de la Brasserie Le Piéton, quelques clients sont attablés pour y consommer un café et profiter de ce moment paisible fin de matinée.

Un "mancheur" habillé correctement et propre d'aspect se présente et s'installe à la terrasse (côté extérieur de la rue) et sort son portefeuille pour y commander une consommation. A sa main, il tient un morceau de sandwich qu'il avait acheté quelques minutes auparavant (ailleurs), encore partiellement emballé.

Le serveur s'est alors empressé de sortir de l'établissement rapidement, comme une araignée sur son fil à l'odeur d'une proie pour lui sommer de quitter les lieux sur le champs et ce malgré le "bonjour" et la demande du client de commander un coca. Le serveur agressif interpella le jeune homme en invoquant qu'il disposait d'un sandwich qui n'avait pas été acheté dans l'établissement, sans tenir compte de la commande pourtant formulée de façon courtoise.

Charleroi, discrimination, mancheur, HorecaC'est avec une certaine rage et une émotion non dissimulée que Christelle a pu nous raconter son ressenti, alors que nous assistions au même moment à cet événement pour le moins étonnant et malheureusement coutumier. 

"J'étais horrifiée sur ma chaise à la terrasse, ce mancheur que je croise de temps en temps ne demandait rien et n'incommodait même pas la clientèle, il y avait beaucoup de place à la terrasse, elle était presque vide. Déjà quand le serveur est sorti il s'est montré verbalement menaçant et méprisant, disant qu'il refusait de le servir à cause de son sandwich. J'ai conseillé immédiatement et à haute voix au jeune homme de placer celui-ci dans sa veste, ce qu'il a fait dans la seconde pour commander à nouveau au serveur un coca poliment. Consommation qui bien sûr lui a été refusée, le serveur ne voulait pas, il avait reçu des consignes de sa direction... Cela ne lui donnait pour moi par le droit d'être si méprisant.

Je suis scandalisée, des propos plus modérés et un comportement plus humain et digne ne lui aurait pas coûté à ce serveur ni à l'établissement d'ailleurs qui m'a fortement déçue ... - J'ai même demandé au serveur ce qu'il se serait passé si j'avais moi même pris l'initiative de lui offrir un café ou de l'inviter à ma table pour lui parler, la réponse était à la hauteur de sa cupidité et de celle que j'avais déjà entendu : "Je ne l'aurais pas servi !" Que dire à ça ? Ce jeune homme était propre sur lui, habillé modestement, ne sentait pas mauvais, était sobre, n'avait pas de propos ou de gestes déplacés, il voulait "simplement" commander un coca. Je n'aurais jamais cru que cet établissement jouait la carte de l'exclusion humaine.

charleroi,discrimination,mancheur,horecaLe mancheur a été traité comme de la merde ! Désolée de l'expression ! Pendant une seconde, j'ai cru que j'étais dans un autre monde, d'un côté on tutoyait ce garçon et de l'autre côté on répondait à mes questions en me vouvoyant... Pourquoi pas pour lui ? J'avais juste envie d'hurler "A quand l'exclusion de chômeurs de votre terrasse, les allocataires sociaux, ...il n'y a pas que les petites vieilles avec des caniches qui peuvent aller prendre un café à la terrasse de votre établissement ! Et bien entendu la courageuse patronne... personne ne l'a jamais vue arriver pour régler la situation ou s'expliquer comme l'aurait fait quelqu'un qui assume ses choix ! Vous pensez bien qu'après ça je n'irais plus dans cet établissement, faire gagner de l'argent à ce "genre-là" non merci !" s'insurge Christelle avec un mélange de rage et d'émotion.

La cliente a même dénoncé la situation au membre du personnel qui s'est retranché sous "des instructions reçues par la direction pour ne plus servir "certaines" personnes incompatibles avec le "standing" présumé de l'établissement: il faut tout entendre ! 


Présent sur place, nous avons pu constater la véracité des faits et de cet incident, nous n'avons pas compris les propos du personnel de cet établissement qui a multiplié les excuses et prétextes pour ne pas servir "l'intru" en invoquant que le jeune homme était un mancheur, piéton habituel de la rue de Dampremy. "Allez Va-t-en ! Je ne te sers pas ! ... Tu es un mancheur connu ici et tu passes souvent devant l'établissement, on te voit à la caméra ! ... On t'a pourtant déjà dit de ne plus traîner ici devant, dans la rue ! ... Tu reviendras quand tu travailleras !" ... s'est permis de lancer le "serveur" à ce client atypique. (Ndlr: Si nous n'avions pas assisté personnellement à cette altercation, nous aurions pu douter !)

Les propos sont choquants, insultants et totalement méprisants. Humainement parlant, même un chien est respecté mieux que ça !  On prend les gens pourquoi ? - C'était le sentiment des personnes présentes. Le plus drôle s'il en est, c'est que cet exclu ne l'a pas toujours été, il était indépendant, propriétaire de son propre garage automobile il y a plusieurs années. De nombreuses épreuves de la vie et des incidents de parcours l'ont un jour conduit ... dans la rue de Dampremy: Paradis pour certains, enfer pour d'autres.  

charleroi,discrimination,mancheur,horecaMême s'il est vrai que les établissements commerciaux peuvent "choisir" (théoriquement) la clientèle, il est un droit à tout un chacun de pouvoir librement choisir son établissement et d'y consommer pour autant que tout se passe correctement. (Cfr: L'odre publique).

On peut  aussi objectivement imaginer que certains mendiants peuvent poser différents soucis aux commerçants (d'hygiène, de comportement, de délit,...) cela existe !

"Il ne faudrait pas faire trop généreusement des généralités hâtives qui seraient trop simplistes et certainement indigne d'une métropole comme Charleroi. Cela dit, à force de vouloir laver plus blanc que blanc et faire place nette, on peut se demander si au contraire d'attirer "La belle clientèle", ce type de propos, jugé par la plupart, comme insultant, déplacé et  discriminatoire ne donneraient pas plutôt l'effet inverse escompté". 

Gageons que cet incident n'était qu'un simple "comportement" abusif et qu'enfin chacun puisse retrouver dignement la place qui lui est dû dans notre société... Humaine, accessible à tous, de droit... soit disant.  

Gardons juste espoir et souhaitons à tous commerçants, citoyens, familles de ne jamais  devenir un jour cet "exclu"  contraint de ne pouvoir consommer en toute simplicité à l'une des terrasses de notre métropole Carolo. 

©SDZ-VSS

Photo: Seben©

Contacté, la Direction de l'établissement n'a pas souhaité jouir de son droit de réponse dans notre édition en ligne.

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Commentaires

  • Dommage que l'article ne passe pas dans la presse papier ....

  • J'aurais aimé aussi voir cet article dans la presse papier. Mais n'y a t'il pas obligation légale de servir une consommation (eau coca limonade) tout comme l'usage des toilettes. Quant à l'excuse sandwich combien d'étudiants fréquentent l'établissement avec leur "diner".

  • C est insoutenable ,Je suis écoeurée!! Dans quel monde vivons nous, tout comme vous le dite si bien espérons que ces personnes ne connaissent jamais cette situation. Pour ma part j ai vu une vidéo postée sur fb depuis lors, l image de ce gamin me hante! Je ne comprends plus ce monde.

  • HONTEUX !!!! J'espère que cet établissement sera un jour dans la difficulté, j'ai 50 ans et on nous a toujours appris que le client est ROI . Dans quel monde vivons nous, est-ce le prix à payer pour travailler est-ce le prix pour garder sa place ? NON MERCI.

  • Dommage que l'orthographe laisse encore a désirer, l 'article est choquant

  • Dommage, j'aimais bien aller là bas. On pouvait aller y travailler en groupe tout en consommant. Cependant, je n'irai plus. Espérons que l'homme recommencera un jour à penser par lui même et deviendra plus "humain".

  • Il fût un temps, je travaillais au "Pain Quotidien" place Dumon à Stockel. Pour ceux qui connaissent, c'est un établissement d'un certain standing dans un quartier qui l'est aussi. 2-3 fois par semaine un SDF entrait dans l'établissement, allait se "laver" au lavabo des commodités. Nous lui donnions 1-2 couques et il repartait. Il laissait toujours les toilettes propres après son passage. Nous n'échangions qu'un bonjour, bonne journée. Alors standing et comportement humain sont deux choses 100% compatible. Je suis choqué!

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