CHARLEROI: Des ombres insoutenables ! (Récit et avis personnel)

sdf,charleroi,précarité,centre villeIl s'agit d'un avis personnel, une histoire vécue, un coup de gueule peut être, un moment de vie qu'il me semblait important de partager avec vous. N'oublions jamais que nous sommes tous des êtres humains et nous méritons TOUS une attention particulière, ce récit en est à nouveau une preuve. 

"C'est en rentrant chez moi un soir fin du week-end dernier, que je découvre de loin devant la porte de mon immeuble, dans le très petit sas extérieur et sombre une ombre sur le sol dans le coin de la porte d'entrée, plus je m'approchais plus je découvrais qu'il s'agissait en réalité d'un homme recroquevillé sur lui même contre la porte vitrée cherchant un peu de chaleur, un sans abris avait élu domicile contre l'entrée de l'immeuble à l'endroit pour lui qui l'aiderait à se protéger un peu des températures ou du vent de décembre en plein boulevard Tirou. Il avait froid, on aurait dit comme un animal, une masse sombre, une ombre qui était pourtant bien là et qui seul dans un silence insoutenable me laissait aussi à ma propre prise de conscience. Une image bouleversante. Je suis resté un moment sans respiré, figé sur place à la fois étonné, sous le choc et tellement petit, humble devant autant de tristesse. J'ai eu le sentiment en un instant à peine quelques secondes, très longues secondes qu'un vent glacial m'avait transpercé et me laissait devant cette image.


sdf,charleroi,précarité,centre villeJ'étais effondré, comment en 2013 pouvait-on encore voir ce genre de chose ? Bien entendu je ne suis pas idiot, je vis l'actualité au quotidien et je sais au combien la précarité est grande mais surtout constante et qu'il existe tellement de gens, de politiques qui ne veulent plus la voir ou s'en préoccuper réellement tellement elle est dérangeante et pose pour eux un souci d'image d'une ville parfaite et prospère, ce qui me révolte tout autant. Nous parlons d'êtres humains, de citoyens quoi que l'on peut en penser.

Je n'ai pas osé le déranger, lui parler, m'approcher un peu plus, par pudeur, par respect pour lui ou par honte peut être d'être finalement mieux nantis et d'être le spectateur malgré moi de cette précarité si proche. J'avais le sentiment de croiser son regard emmitouflé dans son vieux manteau usé et sale qui me fixait et qui voyait au plus profond de moi, c'était une impression étrange et s'il ne dormait pas ? Une fois rentré chez moi, une heure plus tard j'entendais les sonnettes du bâtiments à appartements retentir, c'était l'homme qui s'était réveillé peut être de froid et tentait sa chance pour qu'une bonne âme puisse lui ouvrir pour le laisser finir la nuit dans le hall d'entrée de l'immeuble sans doute. "Bonsoir, excusez moi si je vous dérange, J'ai si froid, vous pouvez me laisser entrer ?" - J'étais tellement triste, abattu par tant de pauvreté et révolté par "les beaux penseurs" qui n'accordent plus aucune place à l'humanité, la compassion et l'assistance aux plus démunis, malgré "l'image" qu'ils veulent donner pour ne pas passer pour des incompétents ou des personnes insensibles aux yeux de tous.

Comment des gens pouvaient t-ils encore dormir dehors sous la pluie et devant ma porte cette fois alors que certains les imagineraient bien mieux loin de chez eux ou même nier leur existence pour mieux dormir et apaiser leur conscience ? Je me suis dit "Et bien ! Ma ville et ses dirigeants n'ont-ils pas mieux à faire pour les citoyens et nos malheureux que de parader et inventer sans cesse de nouveaux projets de constructions, des achats d'Iphone, des dépenses de festivités, etc etc etc etc ? J'avais honte d'être Carolo à ce moment très précis. Toutes les questions se bousculaient dans ma tête, c'était très perturbant. J'en voulais au monde entier et à notre société. Pourquoi cette situation m'affectait-elle à ce point ? 

Que fallait-il faire ? Le laisser entrer et aller ainsi contre le règlement qui interdit l'accès de personnes étrangères à l'immeuble et lui permettre un peu de dignité, de chaleur humaine, d'assistance ou laisser ce pauvre homme dehors dans le froid qui demandait simplement à se réchauffer un peu et à pouvoir se reposer dans un coin sur le sol et fermer les yeux comme c'est généralement le cas aujourd'hui malheureusement. Par discrétion, je ne dirais pas comment j'ai en mon âme et conscience traiter la suite de cette rencontre et pris ou non mes responsabilités en tant que citoyens et humain, cela me regarde au final.

sdf,charleroi,précarité,centre villeCe qui me rends encore plus triste et fâché à la fois, c'est de voir qu'à quelques centaines de mètres de là, des dizaines de milliers d'euros sont investis cette année encore pour un marché de Noël ou pour des dépenses superflues alors que des gens doivent vivre dans la rue et se blottir contre une porte d'immeuble pour tenter de dormir un peu, sans aucune sécurité, sans aucune chaleur, sans aucune nourriture également, sans rien demander.

J'ai honte parfois aussi d'entendre dire qu'à Charleroi des centres d'hébergements existent et qu'il suffit "simplement" aux SDF d'y aller, c'est juste une belle et crapuleuse excuse pour calmer la populasse et leur faire croire que tout est sous contrôle et que personne n'est laissé à l'abandon, chez nous à Charleroi c'est encore pire mais c'est souvent le cas et ailleurs aussi.

Et que fait Charleroi ? Notre si belle métropole et notre ville, les élus, pour aider ces personnes à la place d'organiser une chasse à l'homme, à la mendicité ou à l'humain ? Je me suis bien dit que j'aurais des réponses à ces questions très rapidement, je ne pouvais en rester là, le spectacle était bien trop violent, choquant, déstabilisant.

En passant, Je sais qu'à une époque certains dirigeants accordaient une importance particulière aux personnes les plus démunies à Charleroi et donnaient une réelle priorité à valoriser des structures réelles plutôt que de donner le sentiment que cela était le cas. L'image n'était pas importante, les résultats seulement en coulisse comptaient ! Je n'oublierais jamais ainsi un certain Bourgmestre Carolo (plus en fonction depuis des années) pour qui l'écoute, la compassion, l'humilité, la recherche de solutions, la guerre contre l'injustice n'étaient pas juste de beaux mots pour séduire l'électorat mais étaient un fer de lance et un combat au quotidien. C'est un peu ici aussi un hommage que je tiens à lui rendre, il se reconnaîtra. Bien entendu, c'est un avis purement personnel qui n'engage que moi mais qui choque avec le contraste de ce que je peut connaitre ou voir parfois par opposition aujourd'hui.

La révolte est en moi, surtout quand j'apprends réellement que le nombre de place est tellement limité dans ces centres que la plupart n'y ont pas accès ou qu'un tirage au sort (avec des cartes de jeu) est réalisé pour permettre à quelques-uns de pouvoir dormir au chaud, ne se préoccupant ainsi pas du tout de ceux qui n'auront pas la chance d'y loger. Retrouver cet homme devant mon immeuble m'a renvoyer directement au visage tellement de choses: la chance que j'avais d'avoir un logement, de pouvoir vivre dignement, de manger à ma faim, d'être entouré,...

C'est aussi une sacrée remise en question, une claque et surtout une façon de plus de ne pas oublier, jamais celles et ceux qui n'ont pas la chance d'être comme nous et de vivre plus aisément ou normalement devrais-je dire. Mon coeur saigne, mon corps est triste et je ne peux pas rester insensible à la tristesse, le malheur et la précarité des autres, preuve peut être qu'il me reste une conscience et une âme.

Je suis heureux cependant d'avoir encore et toujours ce pincement au coeur, cette petit larme sur la joue, cette boule dans la gorge face à une personne qui souffre et qui même en silence, parvient à me montrer la simplicité de sa vie, sans se plaindre, sans pleurs et avec ce qui lui reste de dignité. 

Pour les fêtes de fins d'années j'aimerais tant que la magie puisse opérer et que ces ombres insoutenables puissent peut être aussi ne fusse qu'un jour trouver le repos, le sourire et de la chaleur humaine tout simplement, tout comme nous le prétendons tous trop souvent comme un droit acquis". 

Sébastien Delhez

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Commentaires

  • C'est malheureusement comme ça partout, ce n'est pas caractéristique à Charleroi... je vis à Bruxelles, près de l'unif, ce qui est considéré comme un beau quartier ; tous les matins je croise des sans abris qui dorment dans le sas des immeubles, dans les banques, sur les quais de métro,.. et c'est sans cesse croissant ; des mendiants font la manche devant chez moi, ce qui n'existait pas avant...
    Notre société est malheureusement de plus en plus égoïste...

  • je suis content d avoir lu votre sujet je passe tous les jours a Charleroi et je vois cette triste realité et j ai le meme arriere gout
    mais on peut faire un minimum quand il vous reste un peu de votre repas quand vous avez des armoires de vêtements que vous mettez jamais des paires de baskets qu on met jamais ca peut aider il a pas quelques mois j etais a la friterie robert et un jeune homme faisait la manche j etais avec mon fils et nous lui avons donner une piece apres avoir parler un peu avec lui je me souviens lui avoir dit que j etais etonne de son jeune age et de sa precarité il m a dit qu il dormait en dessous d un pont en rentrant a la maison et apres avoir mange nous avons fait un sac avec des vêtements des baskets un gant un essuie et un sac de couchage qui était depuis des annees sur une armoire on doit pas dire les bons gestes mais on peut faire un petit truc qui fait du bien
    votre sujet me touche bcp et j espere qu il touchera d autre personnes il faut continuer a ouvrir son ame respect a vous

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